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TERAKFTEN NTNARIWEN
LE BLUES DE L' HOMME
BLEU![]()
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Avant tout, un touareg
se doit d'apprivoiser un environnement hostile, le Sahara, et une langue, le
tamacheq. Rétablis dans leur contexte géographique et linguistique, les hommes
du désert cessent alors d'être des Touaregs – mot impropre que leur attribuèrent
les Arabes et qui signifie "abandonnés de Dieu" – pour devenir des
imajeghen ("hommes libres") ou kel tamacheq ("qui parlent le tamacheq"),
termes plus légitimes par lesquels se définissent leur essence et leur identité.
Si la maîtrise de l'espace a toujours découlé du contrôle des ressources d'eau,
le verbe s'est quant à lui constamment abreuvé de métaphores et d'élégies. Comme
si vivre dans cette immensité désolée exigeait que l'on étanche deux soifs
plutôt qu'une, celle du corps, celle de l'âme. Préserver ou conquérir des
territoires va générer de nombreux conflits, entre tribus adverses, contre
l'envahisseur français ou les états africains nés de la décolonisation. Peuplant
tout un panthéon de héros dont les plus fameux Kaosen, Firhoun et Chokbo –
vainqueur en 1894 de la colonne du commandant Bonnier à l'oasis de Takumbawt –
font resplendir la bravoure de l'homme bleu jusqu'à nous. Quant à la passion de
la langue, elle produira tant de vers, et d'une telle richesse poétique, que
Charles de Foucault, reclus dans la garnison de Tamanrasset, abandonna toute
ambition évangélique pour se consacrer à leur traduction en français.


Terakft ntnariwen est le produit de
ce monde, né de la prouesse d'une langue chantée et du verdict des armes ; aussi
sûrement qu'il est le reflet de son effondrement. Deux guerres contre l'état
malien (1963-1990) et une série de catastrophes écologiques ont eu raison d'un
mode de vie ancestral reposant sur le nomadisme pastoral. Avec la civilisation
du méhari menacée de disparition et une paix, signée en 1992, au goût amer, les
chansons de Tinariwen portent le deuil de l'épopée des tribus sahariennes, et
s'efforcent de deviner le futur des générations qui doivent leur survivre. La
friction entre ce glorieux passé et un avenir incertain profite ainsi à
l'embrasement de textes et de musiques dont l'esprit et la structure évoqueront
pour beaucoup le blues des origines ; sans doute parce que l'origine du blues se
situe précisément dans cette région située de part et d'autre de la boucle du
fleuve Niger. Ce blues de l'homme bleu fixe les sédiments de l'Histoire, récente
et lointaine, d'une nation oubliée. Mais aussi des éléments musicaux
traditionnels typiquement sahariens passés au filtre de la modernité par une
instrumentation électrique, notamment les guitares, beaucoup de guitares.
Pourtant pareille conjugaison n'aboutirait probablement à aucune vérité
artistique si le destin personnel de chacun des acteurs de cette aventure n'y
apportait son grain d'exil, de tragédie, de sublimation.

Music and poetry rarely cross paths with war. Soldiering and composing lyrics
are two activities which don't coexist very happily. The songs of Tinariwen rise
up and ambush you from behind a sand dune whose crest defines the boundary
between the sphere of the artist and that of the warrior. The most arresting of
the many images which have forged the legend of the group is that of Kheddou Ag
Hossad setting off to attack the Malian army post of Menaka near the frontier
with Niger , Kalashnikov in hand and an electric guitar strapped to his back.
This skirmish took place on June 30 th 1990 . It was the event that launched the
second Touareg rebellion, which lasted three years and claimed thousands of
victims. Tinariwen assumed a double edged role during the conflict; as
guerrillas involved in the liberation struggle of the Adrar des Iforas region in
the north of Mali and as poet musicians busy forging their very own style during
the many after-combat fireside gatherings. This ambiguity might burden our
rational spirits, unused as they are to individuals who have embraced the rival
vocations of music and war. For a Touareg however, the character of the
poet-soldier isn't considered particularly schizophrenic or strange. On the
contrary it binds the individual to his people and ties him to a long history.
For desert dwellers, poetry has long been another way of making war, just as
their sword dances are a choreographic representation of real conflict. Once the
guns go cold, the rhymes follow on from each other thick and fast.


But first of all a Touareg must tame a hostile environment, the Sahara , and a
language, Tamashek. Restored to their original linguistic and geographic milieu,
the people of the desert stop being ‘Touaregs' – a false name meaning ‘abandoned
by God' which was given to them by the Arabs – and become imajeghen
(‘free men') or kel Tamashek (‘The Tamashek speaking peoples'). These
are more legitimate terms which define both the essential nature and the
identity of these desert tribes, who have also come to be known as the ‘Blue
Men', thanks to way in which the rich indigo dye of their turbans paints their
skin blue. Just as the mastery of space and territory has always depended on the
control of wells and water resources, words have been constantly fed and
nourished with metaphors and elegies. It's as if life in this desolate immensity
forces you to quench two thirsts rather than one; that of the body and that of
the soul. The defence and conquest of new lands was the cause of numerous
conflicts; between rival tribes, against the French invaders and against the new
African states which were born after the end of colonialism. An entire pantheon
of heroes came into being and the most renowned amongst them – Kaocen, Firhoun
and Chokbo, who defeated a whole column of French troops lead by Commander
Bonnier at the Takumbawt oasis – have made the bravery of the Blue Men echo
through history right up to the present day. And this passion for words has
produced so much verse of such poetic splendour, that the famous French
missionary Charles de Foucault, hidden away in his fort in Tamanrasset,
abandoned all evangelical ambitions and dedicated his life to translating it
into French.

Tinariwen, born of the prowess of language and the sentence of arms, is a
product of this world. But in a way, the group is also a reflection of its
collapse. Two wars against the Malian state (1963 – 1990) and a series of
ecological disasters dealt severe, one might even say terminal, blows to an
ancestral way of life based on nomadic pastoralism. With camel culture close to
extinction and the peace accords of 1992 leaving a bitter taste in the mouth,
the songs of Tinariwen mourn the passing of the epic golden age of the Saharan
tribes, whilst endeavouring to map out a future for the generations who must
survive beyond it and live with the modern world. The tension between a glorious
past and an uncertain future serves to kindle the power of words and music,
whose spirit and structure will evoke, for many, the original blues, no doubt
because the origin of the blues can be traced back precisely to that particular
region situated near or around the massive bend of the great Niger river, where
it turns south after its journey through the desert and heads towards the
tropical coast of Nigeria. The blues of the Blue Men exposes strata of the
history, recent and ancient, of a forgotten nation, but also reveals elements of
traditional music filtered through the modernising influence of electronic
instrumentation, mainly guitars, many guitars. This bringing together of the old
and the new would probably sound wrong were it not for the fact that the
personal story and destiny of each member of the group brings it's own very real
touch of exile, of tragedy and of sublimation.
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Terakft
Ntnariwen
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Chez
nous, la femme, tant qu'elle est jeune, va où elle veut : son mari ne l'en
empêche pas. Les Touaregs ne prennent qu'une seule femme, ils n'en épousent
jamais deux(1) : ce serait déshonorant pour une femme touarègue. Si l'entente et
l'amour règnent entre eux, ils resteront ensemble. S'ils se détestent, si le
mari hait sa femme, il la répudie sans autre motif. Si c'est la femme qui
déteste son époux, elle lui dira :- Répudie-moi!
Et le mari lui répondra alors :- Laisse ta dot et je te répudierai! Elle lui
dira :- Je te la laisse.
Et le mari dira :- Tu es répudiée! (2) Et ils se séparent. S'il la répudie, il
n'y a point de mal à cela. S'il refuse, elle le quitte quand même.
Quand une femme est séparée de son mari et qu'il apparaît au bout de deux mois
qu'elle est enceinte,
les gens diront :- C'est l'enfant d'Un Tel!
Le mari répondra :- Je ne sais s'il est de moi ou non! On insiste alors :- Il
est bien de toi!
Et lui, répond :- Pouvez-vous le jurer? Si vous le pouvez, je l'accepte, sinon,
c'est qu'il n'est pas de moi!
Si la femme prête serment et que le mari avait confiance en elle antérieurement,
il reconnaîtra l'enfant. Mais, s'il n'a jamais eu confiance en elle, il
n'acceptera pas l'enfant, même si elle jure.
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Quand une femme perd son mari, elle entre en retraite de veuvage; elle y reste pendant quatre mois et dix jours, puis elle en sort. Quand la retraite est finie, si elle est jeune, elle mène vie libre. Si elle désire se remarier, elle le fait. Une femme veuve ou divorcée retourne chez les siens pour y demeurer. Si elle mène vie libre, elle participe aux réunions galantes. Si elle ne pratique pas la liberté de moeurs, elle reste dans sa tente. Une femme qui n'a pas de parents habite seule dans sa propre tente. La femme qui n'a jamais été mariée, peut aussi avoir sa tente personnelle(5). Les femmes de moeurs libres reçoivent la visite de tous les hommes qui viennent chercher leur bonne fortune auprès d'elles. Le père et les frères ne disent rien. Quiconque veut les fréquenter peut le faire. Certaines reçoivent la visite de vauriens, d'autres ne reçoivent pas les gens du commun. |
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Quand elles fréquentent des gens peu recommandables, la famille ne s'en soucie pas pour certaines, mais pour d'autres elle s'y oppose. Les femmes qui font pénitence, craignent Dieu, sont belles et ne mènent pas cette vie libertine. Elles prient et ont des chapelets. Certaines renoncent à la vie libre, mais, si elles refusent les relations frivoles, elles accepteront cependant une union légitime avec un honnête homme. Certaines renoncent carrément aux hommes, pour le mariage comme pour le libertinage. Mais ces femmes qui renoncent tant au mariage qu'à la vie libre sont peu nombreuses. Celles qui renoncent seulement aux relations libres sont aussi assez rares. Pour ce qui me concerne, je n'ai jamais eu connaissance en Ahaggar d'une femme qui ait renoncé tant au mariage qu'à la vie galante!
1. Le premier cas de
polygamie connu en Ahaggar est apparu vers 1955 chez un
Kel-Rela qui subit la réprobation générale, en particulier de la communauté
féminine.
2. Cependant, l'homme qui répudie sa femme en gardant les affaires du couple,
quelles que soient les raisons du divorce, est socialement déconsidéré.
3. Le mariage est construit sur un régime de séparation de biens. Chacun gère
sa fortune comme il l'entend.
5. En Ahaggar, chez tous les imRad, les tentes et les ustensiles du ménage
appartiennent aux femmes et restent leur biens propres en cas de divorce comme
de veuvage. En revanche, chez 1es nobles, la tente est fournie par l'homme

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